Pourquoi nous aimons surtout les mauvaises nouvelles

 Les médias sont régulièrement accusés d'abreuver les masses de nouvelles dramatiques. Mais si nous n'étions pas des consommateurs avides des informations qui font peur, ils cesseraient de les diffuser, au lieu de pratiquer cette surenchère permanente.

D'où nous vient cette fascination pour les catastrophes et autres mauvaises nouvelles ? Serions-nous tous des voyeurs morbides ? Cette curiosité malsaine, est pourtant indissociable de la nature humaine.

Le philosophe Michel Serres n'hésitait pas à parler « d'audimat de la mort » en observant que les nouvelles catastrophiques dominaient dans les vingt premières minutes des journaux radio et télé. Si les chaînes d'information continue sont connues pour diffuser en boucle les nouvelles les plus angoissantes, la presse écrite n'y échappe pas. Même chose sur les réseaux sociaux, qui relaient dans le monde entier et en un temps record les faits divers les plus sordides.

 « Les démocraties (...) favorisent quatre sentiments puissants qui irradient dans tout le peuple : la colère, la jalousie, la peur, et finalement (...) l'indignation. Parce que ces passions sont les plus faciles et les plus universelles (...) elles sont le premier et principal carburant de l'audimat ». Luc Ferry,(le Figaro 30 janvier 2013)

 La peur est un mécanisme utile à la survie de l'espèce

Nous pouvons nous défendre de cette faiblesse ou la juger comme excessive chez certains de nos semblables, mais nous pouvons aussi essayer de comprendre pourquoi nous en avons besoin quasi maladivement.

Selon la théorie de l'évolution, tout ce qui favorise la survie et la reproduction est renforcé et se transmet d'une génération à l'autre.

Selon les mécanismes biologiques de la sélection darwinienne, on sait que les êtres vivants (humains, animaux), qui se souviendront des mauvaises expériences et de la manière d'échapper à toutes sortes de périls (catastrophes naturelles, prédateurs en tous genres, accidents de la vie et de la route...), auront de meilleures chances d'échapper à la mort. Ils pourront procréer, assurer le développement de leur famille et donc contribuer à assurer la survie de l'espèce.

Les faits positifs n'ont pas la même utilité

Il n'est donc pas étonnant que les faits positifs, même lorsqu'ils reçoivent un écho dans le public, soient si vite oubliés : ils n'ont pas la même utilité pour la survie de l'espèce. S'ils suscitent des moments d'émotion parfois intenses, des souvenirs fédérateurs, ils ne causent pas de traumatismes dans la mémoire collective comme le ferait une grande frayeur.

Le récit d'un drame s'abattant sur notre semblable à l'autre bout du monde nous touche parce qu'il est un autre nous-même, parce que sa mort nous atteint alors de plein fouet. Nous sommes en empathie avec les autres, et c'est évidemment un atout, grâce aux « neurones miroirs » ou « neurones empathiques », ces neurones du cerveau impliquées dans l'apprentissage par imitation et les processus affectifs.

Savoir éviter ou s'extirper des situations potentiellement dangereuses est un avantage, utile certes, mais il faut laisser du champ à la prise de risques, à la création collective. Poussé à l'extrême, cet appétit pour les mauvaises nouvelles risque de nous paralyser, de limiter la prise de risques, de nous faire voir le monde en noir, de donner l'impression de ne pas maîtriser notre destin.

C'est aussi ce qui a mené à l'introduction du fameux « principe de précaution » dans la Constitution française. Un principe qui, s'il est appliqué trop systématiquement, risque d'annihiler la créativité et, au-delà, le « désir d'avenir » puisque le futur n'est plus un champ des possibles, mais une terra incognita dominée par la peur de l'inconnu, la peur d'avoir peur... C'est la dose qui fait le poison disait Paracelse, et tout en ce bas monde est question d'équilibre.

 Un cerveau programmé pour la survie plus que pour le bonheur

Paradoxalement, et contrairement aux idées reçues, les nombreuses expériences réalisées par des laboratoires de psychosociologie à travers le monde tendent à démontrer que c'est le public qui « programme » les médias et les poussent à diffuser des mauvaises nouvelles et non l'inverse.

D'après les scientifiques qui ont réalisé ces études, notre cerveau, programmé pour la survie (plus que pour le bonheur) contiendrait un « biais négatif » (negative brain bias) destiné à renforcer le système de mémorisation par le stress et l'émotion que nous ressentons en réaction aux mauvaises nouvelles, et la production d'hormones (adrénaline, cortisol, épinéphrine...) qui en découle.

Comme le confirment les travaux de Roy Baumeister et de Rick Hanson et la synthèse faite par Ray Williams dans « Psychology Today » (Is the media negative ?Why we love bad news more than good news ?):

« Nous cherchons constamment des informations négatives pour sur-réagir, et puis nous stockons ces réactions dans la structure du cerveau. Par exemple, on apprend plus vite de la douleur que du plaisir, et les interactions négatives ont plus d'impact. Notre cerveau fonctionne comme du velcro avec le mal, et du téflon avec le bien ».

"Good news is no news" disait Marshall MacLuhan

Marshall MacLuhan, grand sociologue des médias observait au début des années 70, que les bonnes nouvelles n'étaient pas des nouvelles au sens médiatique du terme (Good news is no news).

Grâce à des études réalisées auprès d'une population importante de téléspectateurs, lecteurs de journaux et internautes, Christopher Nass, psychologue de Stanford University, a démontré que les personnes qui émettent des avis ou des commentaires négatifs apparaissent généralement « plus intelligentes » que celles qui s'expriment de manière positive ou optimiste.

Force est de constater que les commentaires critiques et négatifs sont plus vite relayés par les journalistes et les personnalités politiques que les avis, décisions ou commentaires positifs. Il se crée une sorte de cercle vicieux et un malaise sociétal, notamment lorsque ce sont les « trolls », les extrémistes et les « haters » qui polluent les réseaux.

Comment se libérer d'une telle situation et de ses cercles vicieux ?

Oser la pensée positive...

Nous avons peut-être pris sous le mauvais angle ce qui passe pour une anomalie, voire une perversion. Au lieu d'en tirer profit, nous l'avons jusqu'alors étudié sous un angle à la fois simpliste et moralisateur (honte aux voyeurs, aux fatalistes et aux oiseaux de mauvais augure) ou militant (les optimistes contre les pessimistes, les naïfs contre les cyniques, bref les imbéciles heureux contre les réalistes...). Il faudrait, pour en tirer le meilleur profit, l'appréhender sous un angle utilitariste.

Puisque la peur est utile, soyons pragmatiques. Une voie de solution possible serait d'organiser une corégulation citoyenne de l'information permettant le cyber boycott, par exemple, des vidéos diffusées par les terroristes sur les réseaux sociaux pour alimenter la peur.

Etrangement, plus le monde semble au bord du chaos, plus nous avons l'espoir de l'améliorer, donc d'être des acteurs du changement positif.

... qui n'est pas le déni de la réalité

La pensée positive, ce n'est pas le déni de réalité, ni l'exagération des faits positifs. C'est une mise en perspective des informations, qui permet de rétablir l'équilibre entre perception et réalité, entre faits négatifs et positifs.

Ce dispositif de régulation citoyenne permettrait, en toute impartialité, de pondérer, de faire la part des choses, de rappeler que, selon la théorie des probabilités, les faits et événements négatifs restent l'exception et non la règle.

Si les citoyens montrent l'exemple, et si on part du principe que le public incite les journalistes à l'alimenter en mauvaises nouvelles, peut-être que les médias accepteront eux aussi de jouer un rôle de régulation.

Plutôt que de s'enfermer entre optimisme ou pessimisme, il faut avoir l'audace de la pensée positive afin de donner envie de construire ensemble l'avenir et motiver chacun à retrouver l'enthousiasme de la création et du partage.

 

Lunettes et réalité

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"Rire ce n'est pas fuir la réalité, c'est plonger corps et âme en pleine existence"  Alexandre Jollien

Choisir de rire

Le Yoga du Rire est une pratique, pas un divertissement.

Chaque individu peut influencer son niveau de bien-être selon les efforts qu'il fait ou pas.

Notre organisme ne fait pas la différence entre un rire intentionnel et un rire spontané

On obtient les mêmes bienfaits physiologiques et psychologiques au bout de 10 à 15 minutes de rire ample volontairement soutenu. 

Un entraînement régulier est nécessaire comme n'importe quel apprentissage (sinon ce serait comme décider de courir sans jamais courir). 

S'entraîner permet aussi d'améliorer notre équilibre émotionnel.